Dimanche dernier, Jésus envoyait ses Apôtres en mission, deux par deux. Aujourd’hui, nous venons d’entendre le passage
qui nous rapporte le retour de mission. Pour ma part, je note deux éléments.
Premièrement : le début et la fin de la mission, c’est le Christ. Dimanche dernier, Jésus donnait aux Apôtres quelques conseils avant de partir en mission. Au moment du retour, les Apôtres prennent le temps de rendre compte de la mission. L’Evangéliste Marc insiste une nouvelle fois sur le fait que le Christ est à la fois l’origine de la mission, son principe et sa fin en soi. Pour tout Apôtre, il n’y a pas autre chose à annoncer que Jésus le Christ. Notre fonction commune d’Apôtres du XXIè siècle est inchangée : nous avons à annoncer la personne du Christ, lui qui est le chemin, la vérité et la vie.
Le passage de la lettre aux Ephésiens que nous venons d’entendre en est un admirable témoignage. Ici, Paul annonce le Christ, et uniquement le Christ. Sa prédication a pour centre la personne du Christ : « En sa personne, le Christ a tué la haine. Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches. Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons accès auprès du Père, dans un seul Esprit. » (Ep 2, 16-18). La prédication de Paul n’a qu’un seul but : attacher le cœur des hommes et des femmes qu’il rencontre à celui du Christ. Souvent, Paul devra rétablir ce lien privilégié au Christ en mettant en garde les communautés qu’il visite. Une communauté chrétienne ne s’attache pas à son fondateur ou à son prédicateur. Ainsi, dans un passage de la lettre aux Corinthiens, il interpelle les chrétiens : « Quand vous dîtes : ‘Moi, j’appartiens à Paul’, l’autre : ‘Moi, j’appartiens à Apollos’, n’agissez-vous pas de manière toute humaine ? Le fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place : Jésus Christ. Vous n’êtes ni à Pierre, ni à Paul, ni à Apollos mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu » (cf 1 Co 3). Jésus est donc source et sommet de toute mission qui conduit vers le Père.
Deuxième réflexion. Savoir prendre un nécessaire recul. Dans l’Evangile d’aujourd’hui, les Apôtres rendent compte de leur mission à Jésus. Mais la foule est toujours là, pressante, au point, dit l’Evangéliste Marc, qu’ils n’avaient même pas le temps de manger. Jésus prend donc les choses en mains et commande aux Apôtres de monter dans la barque et de partir au large pour trouver le calme et le repos. Ils auraient pu rester afin de parler à la foule mais Jésus insiste : il est nécessaire d’aller de temps en temps à l’écart.
Effectivement, nous le savons, il n’y a pas de mission, voire de vie chrétienne, sans observer une juste distance. On ne peut pas être toujours dans le feu de l’action, dans les joies et les problèmes de la vie entre chrétiens et dans notre relation avec le monde. Il est bon d’entendre l’invitation de Jésus de se mettre à l’écart afin de retrouver l’essentiel, c'est-à-dire notre relation personnelle à Lui. Jésus sait bien que la vie de disciple peut parfois ressembler à une certaine surchauffe voire à des abattements passagers. On voudrait tant que les choses se passent autrement dans notre propre vie chrétienne, dans notre famille, notre paroisse ou notre Eglise ! Les contours de la mission ne ressemblent jamais à l’idée que l’on s’en fait. Prendre du recul, et tout spécialement en nous recentrant sur la personne même de Jésus, est une occasion de le laisser nous saisir à nouveau et lui permettre de nous ouvrir les yeux sur les signes positifs qu’il sème au milieu de nous. Jésus détourne ainsi notre regard ou plutôt le réoriente afin que nous soyons des témoins de l’Essentiel et du travail de l’Esprit Saint au cœur de notre monde.
En ce temps d’été où notre rythme de vie peut être différent, acceptons de monter dans la barque pour rejoindre les eaux plus calmes du lac. Comme le dit une oraison de l’office des complies : « Quand le souffle en nous s’épuise, fais-nous vivre du souffle de ton Esprit : que nous méditions sur l’œuvre de tes mains, pour avancer, libres et confiants, vers le matin de notre Pâque ».
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