Dans l'ordinaire de Dieu


 
Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /2009 10:20

           

            Avec les textes de ce jour, en particulier la première lecture et l’Evangile, Dieu nous invite à mieux scruter les signes qu’il nous donne. Car, en tant qu’êtres humains, nous avons besoin de signes pour suivre Dieu. Qui de nous, cherchant à discerner sa vocation, ne scrute pas un signe clair d’un appel pressenti ? Qui de nous, lorsque sa foi semble vaciller, n’attend pas un clin d’œil de Dieu, un signe d’espérance ? Qui, dans la maladie ou l’épreuve familiale, n’espère pas un coup de pouce et même un miracle divin ?


            Cependant, d’après ces textes bibliques, les signes de Dieu ne semblent pas toujours à notre goût ou répondre réellement à nos attentes. Dans la première lecture - le livre de l’Exode -, le peuple hébreu récrimine, par le biais de Moïse, contre Dieu qui l’a pourtant sorti de la captivité égyptienne : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d'Egypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! ». Le peuple hébreux est libre mais cela ne lui suffit pas : il veut de quoi remplir son ventre.

            Dans l’Evangile, c’est l’étape suivante, pourrait-on dire. Rappelez-vous : dimanche dernier, nous lisions le passage précédent, celui de la multiplication des pains. Ces hommes et ces femmes ont eu de quoi manger, et il y avait même des restes. Mais là encore, cela ne leur suffit pas pour croire en la puissance de Jésus. Nourrir une foule immense avec seulement cinq pains et deux poissons n’est pas un signe suffisamment manifeste. Ils veulent plus ! « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? » A la place de Jésus, je crois que j’aurais baissé les bras …

            Dans les deux cas, celui du peuple hébreu dans le désert ou celui de cette foule autour du lac, la réponse de Dieu se manifestera par le signe du pain. Dans le désert, Dieu couvrira le sol « d’une fine croute, quelque chose de fin comme le givre » : ce sera la manne pour nourrir leurs corps. Et au bord du lac, la réponse de Jésus sera aussi le signe du pain multiplié et donné. Jésus s’identifiera à ce pain partagé : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim. »

 

            A travers les textes de ce jour, je crois que Dieu nous dit de bien regarder autour de nous. Les signes que nous attendons de lui sont déjà présents. Seulement, ces signes peuvent nous déconcerter par leur infinie simplicité et discrétion. Voudrions-nous un miracle ou une révolution ? Le signe qui nous est donné est simple comme du bon pain : « une fine croute, quelque chose de fin comme le givre ». Voudrions-nous une foi invincible comme celle de fous guerriers ? Le signe est toujours aussi simple : « mangez ma chair, écoutez ma parole et vous aurez la vie éternelle ».

            Ce qui nous déconcerte, c’est l’étonnante simplicité de Dieu. Dieu se donne et est présent dans les choses les plus basiques de la vie. Nous le cherchons dans la splendeur, et il se donne dans la pauvreté. Nous le voudrions dans de hautes sphères institutionnelles, et il se dit dans de simples rencontres quotidiennes. Vous connaissez certainement ce dicton : « Qu’elles sont belles les cloches qui sonnent de l’autre côté de la montagne ! ». On rêve toujours que le bonheur est plus grand chez le voisin. Pourtant Dieu est bien là chez nous, au milieu de nous.          Parfois je rêverais que le monde reflète pleinement le Royaume de Dieu, que l’Eglise ait totalement épousé l’histoire des hommes. Mais à force de rêver, je ne vois même plus les merveilles que Dieu fait germer ici et maintenant : nos Equipes St Julien, la fougue des adultes confirmés, les multiples rencontres que les uns et les autres nous faisons dans nos missions paroissiales, les équipes catéchuménales, le dialogue avec les parents d’enfants catéchisés ou qui demandent le baptême pour leur enfant, le départ d’un groupe pour Tokombéré … Et je ne fais que survoler ce qui touche nos communautés dans son ensemble. A chacun de nous de scruter ce que Dieu met sur nos chemins personnels par delà nos difficultés quotidiennes. Ce ne sera probablement pas des choses tonitruantes ou de grandes déclarations d’amour, mais pourtant on découvrira certainement les signes de sa présence discrète.

 

            Seigneur, ce matin encore, tu nous invites à partager ta Parole et le pain de l’Eucharistie. Ce pain est notre manne afin que nous fortifiions nos cœurs et notre foi. C’est si simple d’ouvrir nos mains pour recevoir ce pain que parfois nous en oublions l’immense trésor. Tu habites les choses simples pour que tout homme puisse y parvenir. Ouvre notre regard aux pauvres signes de ta présence.

Par Paul-Antoine Drouin - Publié dans : prière
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