Dans l'ordinaire de Dieu


 
Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /2009 15:37

Avec ce passage d’Evangile, nous arrivons à la fin de ce que l’on appelle communément le discours sur le pain de vie. Quand Jésus affirme « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle », cela créée la consternation voire la révolte. Et vous l’avez remarqué : on ne parle pas aujourd’hui de révolte chez les pharisiens ou les scribes mais bien parmi les propres disciples de Jésus : « Ce qu’il dit est intolérable ; on ne peut plus continuer à l’écouter ».

            Mais qu’est-ce qui est intolérable dans les propos de Jésus au point qu’un bon nombre de disciple le quittera ? La réponse est dans ce long discours du Pain de vie que nous avons lu durant plusieurs dimanches : Jésus le Christ, en sa propre personne, est le chemin, la vérité et la vie. Et personne ne va vers le Père sans passer par le Christ. La nouvelle Alliance fondée en Jésus ne tient pas en un ensemble de règlements, de lois ou de dogmes. Le rapport au Christ ne sera pas institutionnel ou légal : mais la nouvelle Alliance repose en une relation personnelle avec Lui. « Celui qui mange de ce pain qui est mon corps demeurera en moi ». Pour être un disciple du Christ : pas de notes, par de parcours du combattant, pas de mérites. On ne s’attache pas au Christ comme on s’attache à une patrie, à des valeurs ou une idéologie. On s’attache au Christ par nécessité vitale.

            Devant le départ de nombreux disciples, Jésus va parler aux Apôtres et leur poser la question cruciale de la liberté : « Voulez-vous partir, vous aussi ? ». Jésus est bien conscient que ses paroles peuvent déconcerter. A la différence de Boudha (6è siècle avant JC) ou de Mahomet (6è siècle après JC), Jésus ne se présente pas aux disciples comme le fondateur d’une nouvelle religion ou d’une nouvelle philosophie. Mais Jésus se présente comme le fondement de cette religion. Avec le Christ, il ne s’agit pas de se reconnaître dans une philosophie, dans des valeurs, dans une institution ou une morale. Il s’agit de s’attacher à sa personne et de croire en sa parole. L’Eglise ne viendra qu’après, si l’on peut dire. « L’Eglise doit être soumise au Christ » nous rappelle Paul.

            A cette question de la liberté, la réponse de Pierre va être, en fin de compte, assez déroutante. « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Certes, cette phrase est une véritable profession de foi mais remarquons tout de même que cette réponse dit beaucoup plus qu’une simple adhésion de foi. Pierre ne répond pas du tac-au-tac : « Moi je reste et je te suis ». Non, Pierre laisse planer une interrogation : « Mais vers qui donc pourrions-nous aller ? » Certainement que Pierre est lui-même surpris par le langage déroutant de Jésus mais dans le fond, au plus profond de lui-même, Pierre s’est laissé convaincre que ce Jésus était sa planche de salut. « Tu as les paroles de la vie éternelle ». Le fait de dire que Jésus a les paroles de la vie éternelle montre bien que Pierre est lui-même dépassé par les paroles de Jésus. Il perçoit que le langage de Jésus a quelque chose d’insaisissable pour notre vie d’aujourd’hui voire de révoltant. Pourtant au fond de lui, Pierre sait que ces paroles sont vraiment celles d’une vie selon le désir de Dieu.

            Que voulons-nous ? Quand Jésus définit Dieu en disant qu’il rétribuera de la même manière l’ouvrier qui a travaillé une heure ou celui qui a travaillé douze heures. Ca a de quoi être révoltant. Quand Jésus félicite la foi d’un centurion païen plutôt que celle d’un croyant de longue date, ça révolte. Quand Jésus promet le paradis au larron dont il ne connait même pas le crime : ça révolte. Quand Jésus pardonnera à Pierre sans même lui demander des comptes sur sa trahison : ça nous montre que l’on est dans une logique bien différente de notre logique humaine. Jésus a des paroles de vie éternelle.

            Et nous aujourd’hui, Jésus nous pose la même question. Sachant bien qu’être au Christ n’est pas toujours un chemin aisé, que ses paroles et son message peuvent nous déstabiliser. Sans compter qu’à un, c’est déjà compliqué. Mais qu’en plus, en Eglise, en communauté chrétienne, les choses se corsent sérieusement davantage !

            « Alors, voulez-vous partir, vous aussi ? ». A chacun de voir s’il répond en reprenant les mots de Pierre : « Mais, Seigneur, vers qui d’autre pourrions-nous aller ? ». Ou en demandant une fois de plus au Christ ce que nous disons avant de recevoir le Pain de vie : « Seigneur, fais que nous ne soyons jamais séparés de toi ». En tout cas, devant cette question, Jésus nous redit ces paroles que nous connaissons bien de lui : « Si tu viens, je te le promets, je serai avec toi, tous les jours, jusqu’à la fin des temps ».

Par Paul-Antoine Drouin - Publié dans : prière
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