Dans l'ordinaire de Dieu


 
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 21:32
Les Béatitudes viennent d’être proclamées. Elles résonnent en nos cœurs comme les vœux de bonheur que Dieu offre à l’homme, en cette fête de la Toussaint.

 

La toussaint du ciel et la Toussaint de la terre !

 

La terre, nous la connaissons car nous y vivons. Le ciel, il ne faut pas trop chercher à l’imaginer car on se trompe toujours. Mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que le ciel, c’est d’être avec Dieu.

 

La Toussaint du ciel, c’est la fête de tous ceux qui sont présents en Dieu ; la Toussaint de la terre, c’est la fête de tous ceux en qui Dieu est présent parce qu’ils vivent les Béatitudes. Foule innombrable que nul ne peut dénombrer. Le livre de l’Apocalypse parle de 144 000 : 12 x 12 x 1000, c'est-à-dire le chiffre de la totalité, au-delà de ce que l’on peut compter à vues humaines.

 

Alors la fête de la Toussaint, c’est la fête de Dieu et c’est la fête de l’homme.

 

La Toussaint, c’est d’abord la fête de Dieu.

 

Nous célébrons Dieu et nous disons qu’il est saint. Lui seul est saint, trois fois saint : Père, Fils et Esprit-Saint. Car dire que Dieu est saint, c’est dire que Dieu est Dieu.

Nous ne pouvons en dire davantage : ce que notre cœur devine, ce que notre esprit pressent, notre imagination ne peut même pas l’entrevoir et nos mots ne savent pas le dire. Mais ce que nous savons, parce que le Christ nous l’a dit, c’est que nous sommes appelés à partager cette sainteté, à participer à la sainteté de Dieu.

 

La Toussaint, c’est aussi la fête de l’homme.

 

Oui mais voilà, en même temps que nous disons cela, nous mesurons l’abîme qui existe entre Dieu et nous. La sainteté de Dieu nous dépasse infiniment.

Nos efforts sont impuissants. Nos actions ne sont pas à la hauteur. Notre péché nous tient et ne nous lâche pas. Et pourtant !

 

Ce n’est pas impossible puisque tant d’hommes et de femmes y sont arrivés au long de l’histoire : tous ceux qui sont connus, dont nous portons souvent le nom et dont nous chantons, dans la nuit de Pâques, la longue litanie des saints. Cherchons-nous à leur ressembler ?

Et puis, encore plus innombrable, la foule de tous ceux qui, aux yeux des hommes, ont été oubliés mais qui, aux yeux de Dieu, ont gardé leur nom et sont associés à sa sainteté.

 

Aujourd’hui, c’est la fête de la miséricorde ; c’est la fête du grand nombre car, nul n’est exclu du projet de Dieu. C’est la fête de notre espérance, une espérance aussi grande que la miséricorde de Dieu pour nous.

Alors, ayons confiance, nous les pécheurs ; Pierre l’a été avant nous. Ayons confiance, nous les gens de peu de foi ; Thomas a douté avant nous. Ayons confiance : la sainteté n’est pas impossible. Elle est même tout près, même pour nous qui piétinons avec le sentiment de ne pas avancer, pour nous qui tâtonnons dans la nuit.

 

Odile en faisait partie. A 46 ans, elle pouvait jeter un regard désabusé sur sa vie. Séparée de son mari depuis 4 ans, en froid avec plusieurs membres de sa famille, malade et se sachant condamnée, Dieu ne faisait plus partie de ses préoccupations.

Mais Dieu ne désespère jamais. Il préparait en Odile une conversion étonnante. Il y a deux ans, elle est venue me voir un jour de novembre, me demandant de l’accompagner pour mieux vivre le Passage de la mort à la vie. Ce fut pour moi le début d’une magnifique succession de rencontres où nous n’étions plus deux mais trois, car c’est bien l’Esprit du Seigneur qui animait nos paroles et qui peu à peu imprégnait la vie d’Odile et lui donnait force d’âme au moment où ses forces humaines la quittaient.

Ses dernières paroles, avant de quitter ce monde, ce fut pour prier avec son mari et ses enfants, pleinement réconciliés.

 

La sainteté est rarement médiatique. Mais ils sont là, les saints de la vie quotidienne. Qu’ils s’appellent Odile, Geneviève, André ou Vincent, ils nous disent que la sainteté est aussi pour nous et qu’il n’est pas si facile d’échapper au rayonnement de l’amour et de la sainteté de Dieu. La sainteté de Dieu peut venir nous chercher jusque dans nos recoins d’ombre pour les transfigurer.

Le baptême ne nous a pas simplement humectés, il nous a imprégnés.
La confirmation ne nous a pas simplement parfumés, elle nous a marqués en profondeur.

Et par l’eucharistie, nous sommes pétris avec le levain de la résurrection.

Dieu nous aime à en mourir.

 

Dans le récit des Béatitudes, saint Matthieu nous indique le chemin à suivre dans la vie pour pouvoir un jour récolter les fruits de l’engagement dans le vécu du quotidien. La récolte sera abondante si aujourd’hui nous sommes effectivement miséricordieux, si aujourd’hui nous avons faim et soif de justice, si aujourd’hui nous sommes des artisans de paix. C’est sur ce chemin de vie et de vrai bonheur qu’une multitude d’hommes et de femmes se sont laissés saisir par Dieu. Heureux sont-ils !

 

La Toussaint, c’est chanter cette joie d’avoir été tant aimés et d’aimer Dieu en aimant nos frères. C’est chanter notre Dieu trois fois saint, c’est chanter avec tous nos morts qui, aujourd’hui, sont avec Dieu. C’est tressaillir de joie avec tous ceux qui, avant nous, ont été fidèles à leur baptême, tous ceux qui ont laissé Dieu faire en eux de grandes choses.

« Le Seigneur fit pour moi des merveilles, SAINT est son nom. »

 

Voilà ce que chante sainte Marie, elle qui est en tête du cortège des saints. Oui, en ce jour de la Toussaint, il n’y a rien à démontrer. Mais seulement laisser monter en nous l’hymne de jubilation de ceux qui savent qu’ils sont appelés à être saints comme Dieu est saint. Ce n’est pas nous qui nous rendons saints, c’est Dieu qui nous sanctifie. Laissons-nous modeler par Dieu et nous serons des saints.

Amen.

 


Par Père François CLERET - Publié dans : prière
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