Dans l'ordinaire de Dieu


 
Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /2009 20:48

Homélie du Père François CLERET


Si la douceur du climat de ces dernières semaines a pu nous faire oublier que nous sommes en décembre, il suffit de s’aventurer en ville pour en découvrir le terme : Noël ! Illuminations de nos rues, vitrines en fête, publicités alléchantes, marchés de Noël…Chaque année, la grisaille de nos vies semble s’évanouir pour faire place au rêve et à la magie de la fête qui se prépare.

Et voilà que l’Evangile de ce dimanche vient jouer les trouble – fête !

Pourtant les premières phrases de Luc avaient de quoi nous impressionner : on y voit défiler, en bon ordre, tout ce que le monde d’alors comptait de puissants : le G8 de l’époque ! 

En tête, Tibère, l’empereur et puis derrière, son représentant en Judée : Pilate. Viennent ensuite : Hérode, prince de Galilée et d’autres petits rois des provinces voisines. Dans le décor majestueux prennent place à leur tour les autorités religieuses : Anne et Caïphe, les grands-prêtres.

Chacun est à son poste pour maintenir l’ordre immuable et romain.


Or voici que la Parole de Dieu fut adressée à Jean, dans le désert. En un instant le décor théâtral s’efface. Et nous voici transportés au désert, loin des ors des palais et des bruits de la ville.


Au désert, mais quel désert ?

Pas celui des catalogues de voyages dans le Sud Saharien, à l’exotisme garanti. Mais le désert aride, de pierres et de ronces, le lieu du silence où Dieu parle à notre cœur. Je sais bien qu’il nous fait peur ce silence tant nous sommes habitués au bruit qui nous empêche de penser et nous distrait de l’essentiel. Avez-vous remarqué comment le « baladeur » couvre souvent les oreilles de ceux qui voyagent ou même qui font du sport en salle ? Et pourtant nous avons un besoin vital de silence, d’aller au désert pour y entendre Dieu qui nous parle, comme il a parlé autrefois à son peuple. Pour aller dans ce désert-là, point n’est besoin de traverser la Méditerranée. Il est là, le silence du désert, à portée de main, pour la mère de famille qui prend le temps de souffler après avoir conduit les enfants à l’école : elle peut alors ouvrir sa Bible et prier un peu.

Le silence, ils seront des milliers à le trouver, à la fin de ce mois, à Poznam, en Pologne à l’occasion du pèlerinage de confiance organisé, comme chaque année, par la communauté de Taizé.


Vivre des temps de désert, c’est permettre à la Parole de Dieu de faire son œuvre en nous ; c’est lui donner sa chance de devenir ‘brise légère’ dans le tourbillon de nos vies. Quand on se donne aujourd’hui des temps ou des lieux de silence, on permet à l’homme de redécouvrir cette part de lui-même qu’il pense inaccessible et qui est enfouie sous le bruit. Cette part de moi-même qui peut parler à Dieu, exister devant lui, cette part de moi qui a soif d’absolu et qui ne veut pas se contenter des joies horizontales de la vie. La vie spirituelle est à la vie active ce que la racine est à l’arbre : on ne la voit pas mais c’est elle qui permet à l’arbre de fleurir, d’être beau. En disant cela, je pense à vous les catéchumènes et les confirmands, qui nous prenez à témoin de votre spirituelle, de votre désir de rencontrer Dieu et de suivre le chemin de son Fils.


Vivre ce temps de grâce qu’est le désert, c’est aussi apprendre à voir le monde autrement, même quand on a l’impression que tout s’écroule autour de soi. Regardez les deux textes qui ont précédé la proclamation de l’Evangile :


« Jérusalem, quitte ta robe de tristesse », dit le prophète Baruch.
Baruch est le secrétaire de Jérémie, le prophète de la déportation à Babylone. Savez-vous à quel moment retentissent ces paroles ? Et bien c’est quand Nabuchodonosor a rayé de la carte Jérusalem. Le prophète est alors à Babylone avec tous ses frères déportés ; il sait que Jérusalem est détruite et il lance un cri d’espérance et de foi.


Et saint Paul lui non plus n’est pas en reste : « Chaque fois que je prie pour vous, c’est toujours avec joie. » Sa lettre n’est que joie et louange pour cette communauté des Philippiens à laquelle il s’adresse.


Baruch, saint Paul, ont laissé la Parole de Dieu faire son travail en eux. La Parole frappe aujourd’hui à la porte de notre cœur : saurons-nous l’entendre et l’accueillir vraiment ? Elle vient changer notre regard et convertir nos vies.


Si nous nous nourrissons de la Parole, nos montagnes d’égoïsme seront abaissées.

Les passages tortueux de nos décisions ou de nos silences coupables seront simplifiés.

Les ravins de nos peurs qui nous paralysent seront comblés.

Les routes déformées de nos vies seront aplanies.

Et le Salut de Dieu sera offert à tout homme.


Mais pour cela, il nous faut entendre la Parole de Dieu.

Pour Jean-Baptiste, ce fut dans le désert où il s’est retiré.

Pour nous, nous avons besoin de ces temps de désert pour nous ressourcer, nous convertir et revenir à Dieu. Mais nous avons aussi à témoigner de la Parole qui nous fait vivre dans la ville où le Seigneur nous conduit. C’est là que nous avons à devenir des messagers d’Avent, heureux d’être les témoins actifs de l’avènement d’un monde nouveau.


Aujourd’hui nous avons rendez-vous au désert pour y entendre l’appel à la conversion : « Préparez les chemins du Seigneur, aplanissez sa route. »

Demain, c’est dans le silence de la nuit de Bethléem, à l’écart de la ville, que naîtra le Sauveur : les bergers nous inviteront alors à le contempler et les anges à chanter la gloire de Dieu.


Amen.

 

Par Père François CLERET - Publié dans : prière
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