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Chrétiens
en pays fléchois
Paroisses de La flèche,
Bazouges et Luché-Pringé
Diocèse du Mans
Homélie du Père François CLERET
On m’a
raconté cette histoire d’une petite fille prénommée Amélie, qui bout d’impatience chaque année, quelques jours avant Noël. Mettez-vous à sa place : dès le début de l’Avent, avec ses parents,
elle creuse la grotte qui va accueillir le petit Jésus dans le papier rocher. Ensuite apparaissent le bœuf et l’âne, puis les moutons qui restent à distance, dans les champs, avec les
bergers.
Le dimanche avant Noël, la maman a placé Joseph et Marie, auprès de la mangeoire où reposera l’enfant. Et puis on rapproche un peu les moutons chaque soir. Amélie voudrait bien faire entrer les moutons dans la grotte pour hâter l’événement mais il paraît que ça n’est pas possible et qu’il faut attendre quelques jours.
Alors il s’est passé quelque chose de bouleversant. L’autre jour, notre petite Amélie a visité les abords de la crèche et elle a trouvé le petit Jésus dans le creux d’un rocher. Sa maman l’avait mis là dans une proximité discrète, pour qu’il soit prêt à prendre sa place, le soir de Noël. C’était trop triste de le laisser seul alors, n’écoutant que son cœur, Amélie l’a placé dans la mangeoire, entre Marie et Joseph, pour qu’il se réchauffe sous le souffle tiède des animaux.
Mais ce n’était pas encore Noël alors, pendant qu’Amélie était au lit, Jésus a mystérieusement disparu. On lui a dit qu’il fallait attendre encore un peu. Mais que c’est long d’attendre quand on a 4 ans !
L’histoire d’Amélie, c’est la nôtre. La petite fille qui s’impatiente et cherche encore et toujours, c’est l’humanité, notre vieille humanité multi millénaire. Quand verra-t-elle la paix régner à ses frontières ? Quand entendra-t-elle parler de la faim et du sous-développement comme d’une réalité du passé ? Quand verra-t-elle enfin apparaître le visage humain de l’homme, créé à l’image de Dieu ?
Et pourtant, il y a 20 siècles, au milieu des ténèbres du peuple d’Israël, un évènement s’est produit, sans bruit, qui allait bientôt transformer notre monde et nos vies. Un enfant est né à Bethléem dans l’obscurité de la nuit de l’histoire. Des bergers sont accourus. Des anges l’ont entouré de leurs chants joyeux. Et des mages, venus d’Orient, sont venus vers lui guidés par l’étoile.
Trente ans plus tard, on a vu un jeune homme partir sur les chemins de Palestine. Partout où il passait, il illuminait les gens et réchauffait les cœurs blessés. « En lui était la vraie lumière venue dans le monde. » Partout où il passait il parlait du bonheur à la manière de Dieu : les Béatitudes pour vivre heureux. Il parlait avec autorité et supprimait les barrières qui séparaient les hommes. Et là où il passait : il renversait l’ordre établi : les derniers devenaient les premiers, les pauvres étaient plus heureux que les riches. Il faisait renaître la femme pécheresse et Zachée le publicain. Bref, avec Jésus, les gens se sentaient revivre et le monde avait un avenir.
Mais, nous dira Jean l’évangéliste : « …Le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. » Les puissants de l’époque se sont rapidement ligués contre le prophète qui leur faisait de l’ombre. L’enfant de Bethléem, déjà rejeté de la ville à sa naissance, car il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie, sera poussé hors de Jérusalem aux jours de sa Passion pour être fixé sur le bois de la croix. (Rappelez-vous, les enfants, la légende des 3 arbres).
Et pourtant, si nous sommes là ce soir, c’est bien parce que le feu de la Pentecôte a embrasé nos cœurs, à la suite des témoins de la Résurrection du Christ-Jésus. Car nous sentons bien que le salut du monde et le bonheur des hommes passent par cet enfant Dieu, ce nouveau-né si frêle sans doute mais que le Père nous invite à reconnaître déjà comme le Sauveur du monde.
Ce soir encore, l’humanité attend. Et nous sommes une part de cette humanité, choisie par Dieu pour révéler aux hommes qu’un autre monde est possible, pas seulement plus tard mais dès aujourd’hui. En venant contempler l’enfant de la crèche, nous ne nous laissons pas gagner par la nostalgie des Noëls de notre enfance mais nous venons nous laisser illuminer par le divin enfant, le Verbe fait chair, le Prince de la paix. C’est lui qui nous constitue déjà peuple de témoins, chargés de porter la lumière du Christ à ceux qui tâtonnent dans la nuit et qui cherchent une lumière qui les guide dans leur vie.
Alors, portez cette lumière vous, les parents et les grands parents. Que le Seigneur vous inspire, à l’exemple de Marie et de Joseph, le discernement et l’amour pour devenir chaque jour davantage les éducateurs dont vos enfants ont besoin pour marcher sur les pas de Jésus.
Vous les jeunes, que la vraie joie de Noël s’imprime dans vos cœurs sachant que la vie est le plus beau cadeau que Dieu nous donne et qu’il vous confie l’avenir de notre planète.
Vous qui êtes seuls, isolés, dans une chambre d’hôpital, dans une maison de retraite ou à la maison : qu’il y ait près de vous, à l’exemple des bergers, des personnes qui viennent vous visiter.
Vous qui espérez un monde de paix, d’amour et de justice : faites, vous aussi, le rêve de croire qu’il peut se réaliser à travers vos petits gestes quotidiens partout où vous vivez.
Vous tous, qui attendez un mieux dans votre vie et êtes venus porteurs d’une intention de prière en cette nuit de Noël : sachez que Bethléem signifie « maison du pain ». Que Jésus, Pain vivant descendu du ciel, s’offre à chacun de vous pour que naisse et grandisse un monde nouveau.
Alors, avec Amélie, la petite fille qui désirait tant la naissance de Jésus, je vous souhaite un bon Noël !