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site de
Chrétiens
en pays fléchois
Paroisses de La flèche,
Bazouges et Luché-Pringé
Diocèse du Mans
Si les paroles bibliques s’appuient toujours sur des réalités
humaines fortes, comment ne pas entendre aujourd’hui ces paroles pour ce petit pays meurtri, pour ces milliers d’hommes ou de femmes disparus, pour tous ceux qui en Haïti attendent qu’une main
leurs soit tendue.
Des cœurs humains tremblent, s’inquiètent, pour ce peuple qui a déjà résisté à tant de misères. Dans son quartier, madame L… qui a peur de perdre son logement, qui
a peur de se trouver à la rue n’en finit pas de se désoler pour ces familles sans moyen, sans abri pour lesquelles elle ne peut rien.
Pour ne pas sombrer dans la fatalité, une femme engagée auprès des plus pauvres et qui sait ce que veut dire « mesurer chaque jour son impuissance », rappelle que « lorsque
tout s'écrase, il reste la fidélité qui fonde les lendemains. »
Cette femme volontaire choisit d’être résolument à côté de l’autre dans la durée.
Qui osera appeler cette contrée la plus pauvre du monde « ma préférée, mon épouse » ?
Mais peut-être direz-vous que cette heure là n’est pas encore venue ?
Car vous savez trop l’heure présente éloignée de toute réjouissance, que bien des moments difficiles seront à traverser avant que de pouvoir danser à nouveau. Le temps présent est au manque où les mères sont comme cette femme que l’on entend crier au milieu de son désastre « je crois qu’il n’y a que Dieu qui puisse nous sauver ». Cette femme sait pourtant que Dieu n’est pas un magicien mais elle mesure et plaide pour que cette Espérance soit placée au cœur même de tout ce qui reste d’humain, ici et ailleurs.
Des volontaires d’ONG, survivants du séisme nous apprenent ainsi que là-bas sur place des pauvres parmi les plus pauvres pleurent, prient, déblaient sans relâche. Leur donnerons-nous les moyens, en puisant dans notre abondance, d’aller au-delà de leur simple survie ?
Ce Dieu que l’on appelle au secours dans cette débâcle, « Ségné vin sové nou !» comme le titrait vendredi le quotidien la croix, ce Dieu dont nous voulons vivre aujourd’hui, ce Dieu avec nous depuis Noël, ce Dieu là est un Dieu amoureux de l’homme. Un Dieu qui vous appelle « sa désirée, sa préférée » . « Pour elle, je ne prendrai pas de repos avant que sa Justice ne se lève comme l’aurore et que son salut ne flamboie comme une torche » .
Où est donc ce banquet des noces promis, n’est-ce pas à Cana que l’évangile nous invite aujourd’hui ?
L’actualité de ces jours derniers nous mène pourtant loin de cette insouciance d’un banquet nuptial. Mais l’évangile est écrit à l’aune de la croix où tout peut se lire en filigrane. Ce banquet n’est autre que cette vie dans laquelle chacun est invité à prendre sa place. Ce vin que l’on offre à goûter aux invités et qui vient à manquer signifie ce goût pour fêter la vie, ce goût de vie essentiel au cœur de l’homme. Sans doute Marie ne sait-elle pas encore que ce vin est le sang de son propre fils qui veut irriguer nos vies avec abondance afin que nous n’ayons jamais à manquer.
Remarquons aussi que Marie est attentive à ce qui manque mais ne fait porter aucun reproche sur quiconque.
Ce premier miracle de Cana nous donne ainsi la façon dont le Christ veut nous faire entrer dans la vie. Devant l’adversité nous aussi aimerions faire des miracles mais si le Seigneur lui même nous dit que son heure n’est pas encore venue c’est qu’il sait bien que seul l ‘Amour de son Père connaît « la misère de son peuple » . Mais pour ceux qui ont tout perdu comme pour ceux qui ont peur de tout perdre Marie suggère que le Seigneur peut devancer l’heure de son intervention : « Faites tout ce qu’il vous dira ». La confiance de Marie est à la hauteur de l’amour dont la vie de son Fils est imprégnée, un amour sans condition ni limite comme le suggérait déjà le prophète Isaïe.
Mais cet amour là a besoin de nos mains et de nos pieds. « Remplissez, puisez, portez » demande Jésus à ses serviteurs. Des serviteurs qui ont mis toute leur générosité à accomplir leur tâche mais qui n’ont versé que de l’eau ; il n’est rien demandé de plus que ce que nous savons faire dans l’ordinaire de nos vies. Comment ne pas faire un parallèle avec ce besoin de servir l’homme dans ces contrées défigurées par la démesure de ce qui vient d’arriver.
Alors serons-nous ces serviteurs qui feront dire au maître du repas qu’il n’en revient pas de ce qui s’accomplit tout au long de ce chemin de la reconstruction , ces serviteurs qui portent à bout de bras le goût d’une vie dont auparavant tout un peuple était écarté.
Demandons au Seigneur dans cette Eucharistie de nous donner le goût de l’autre, le goût de la vie, Amen.