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Bazouges et Luché-Pringé
Diocèse du Mans
« Mon enfant…vois comme nous avons souffert en te cherchant ! »
L’angoisse d’une famille
exprimée ainsi nous apparaît bien humaine et cette tranche de vie familiale bousculée, vécue au travers de ses parents : Marie et Joseph, s’identifient bien à la notre. Cependant il sera bon
de lire et relire cet évangile pour découvrir ce qu’il nous enseigne au delà d’une péripétie familiale aussi angoissante fut-elle ?
Revenons d’abord sur cette famille qui s’identifie à la nôtre :
à douze ans comme un rite de passage pour un adolescent, une famille vient vivre avec d’autres, cet événement comme une fête . Ils se retrouvent en chemin, les enfants se mélangent, s’invitent et les parents laissent désormais leurs enfant s’émanciper loin de leur regard, loin de leur emprise. Mais une trop longue absence finit par inquiéter, interroger, angoisser au point d’envahir l’espace familial désormais centré sur ce qui apparaît maintenant comme une fugue. Aurions-nous parents été inconscients ? Les retrouvailles sont désarçonnantes; cet inconscient, ne serait ce pas plutôt l‘enfant: « comment se fait-il que vous m’ayez cherché » ose-t-il ? et cette réponse que Joseph dû recevoir comme un glaive : « c’est chez mon Père que je dois être. » Comment faut-il l’entendre ? Ce jour là, Marie et Joseph durent sentir que Jésus leur échappait
Sans doute cette enfance retracée par Luc a-t-elle deux mérites :
nous montrer, jusque dans les détails, un Jésus totalement homme: « il grandissait en sagesse , en taille et en grâce », et un Jésus placé sous le double regard des hommes et de Dieu . Son humanité n’a donc pas été dotée d’une surpuissance hors du commun, qui le mettrait à part ; et la Divinité de l’homme Jésus est puisée jour après jour dans la relation à son Père.
Car, si c’est une famille comme la notre, c’est aussi une destinée particulière. Marie et Joseph savent bien depuis Noël que le monde d’ Hérode cherche à le faire périr que cet enfant dérange. Mais ils savent aussi, au profond d’eux mêmes, qu’il est le projet de Dieu.
Alors Marie et Joseph veillent sur lui tout en l’inscrivant dans la tradition de leurs Pères. Tous les ans il vont à Jérusalem pour la Pâque juive.
Cette année là, ils souffrent de le perdre, ils souffrent de ne pas tout comprendre, mais ils entrent dans le Mystère.
Ce n’est pas au temple que le fils choisit de demeurer mais au cœur même de l’existence humaine, au sein d’une famille, d’un travail , d’un village presque oublié « de Nazareth, lui dira Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon ? »
Alors il nous est plus facile de comprendre ce que ce texte peut nous apprendre.
Comme Marie et Joseph, dans la confiance ou la surprise, nous avons accueilli un jour le Christ en nos vies, sans trop comprendre, sans bien le connaître , nous lui avons fait une place, le gardant bien à nous comme on protège un nouveau-né de peur de le perdre et comme tout enfant il nous a fait grandir avec lui ; sans doute avons-nous essayé de le défendre contre tous ceux qui se seraient bien mêlés de le façonner à leur image, peut-être nous aussi avons-nous été tenté de se servir de lui pour nos projets.
Et voici qu’après avoir tout fait selon les rites, alors que nous croyons être arrivés au bout du chemin cet enfant encore nous échappe.
Pour la première fois, il nous faut chercher celui que nous croyions bien installé en notre chair.
Aucune recherche n’est possible sans revenir sur son histoire, sur ses traces ou sur ses pas.
Alors on demande à la famille, les amis, l’Eglise….ceux que l’on pense les mieux placés, ceux qui savent entendre sa voix, reconnaître son visage, indiquer sa présence. Mais rien ne résonne plus en nous, cet enfant s’est absenté de nos vies, il n’est plus l’enfant que l’on serrait et gardait dans ses bras. Le petit Jésus de l’enfance s’efface. Oui cela fait souffrir aussi. L’angoisse étreint, sans lui, notre vie perd tout sens, nous sommes là comme morts.
Trois jours : « c’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le temple » ; trois jours comme un temps de Pâques, comme un temps de passage nécessaire de la mort à la vie.
Et voici que celui que l’on retrouve étonne, comme Joseph et Marie on reste stupéfaits : c’est bien lui ! et pourtant il semble si différent. Ses paroles mêmes, viennent à nous surprendre, comme celui qui fait une rencontre personnelle, une rencontre nouvelle de la Parole du Père dans l’évangile.
Celui que l’on découvre ne cherche pas à faire la leçon mais il nous écoute, nous pose des questions, et les réponses qu’ils donnent sont nouvelles, claires, pleine d’une lumière ou d’une intelligence qui remue et émerveille car « tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient. »
Toutes les réponses de Jésus renvoient à nous mêmes :
« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? »
« Ne le saviez-vous pas »
« C’est chez mon Père que je dois être »
Trois messages lancés par le Christ dans nos existences :
Vous cherchez l’insaisissable et cependant je vous suis tout proche
Vous croyez savoir mais je vous supplie , restez éveillés car tout est à apprendre
Vous me cherchez au temple mais déjà je suis retourné parmi mes frères, au cœur de ce monde aimé du Père.
Alors familles que nous sommes, solides ou bousculée, cherchons celui qui ne cesse de grandir, de surprendre, d’étonner. Réjouissons-nous car au-delà de la peur, il y a la Paix de Noël, la Paix du ressuscité.
Amen